Je ne suis partie que 4 petits jours en Auvergne mais quels jours… ce voyage s’est révêlé être un voyage initiatique comme le sont bien souvent ceux que l’on fait seul, tourné vers le monde en faisant d’incessant va-et-vient entre notre monde intérieur et celui des autres.

Pourquoi l’Auvergne ? Un concours de circonstance, une envie d’y aller depuis toujours, le fameux Festival des Saltimbanques de Souvigny en Allier et puis proche de Clermont-Ferrand: Le plateau de Gergovie.

De plus, les fêtes médiévales permettent souvent de belles rencontres avec des personnes faisant des choix de vie différents, parfois païens, mettant leurs enfants en école alternative (l’école Steiner de la Mhotte est proche de Souvigny) etc.

Souvigny: le rendez-vous des descendants de nos bardes

C’est une fête renommée et connue de tous les médiévistes et des touristes.

J’y allais pour revoir quelques amis artisans, faire la fête (il faut le dire !), et partir à la rencontre des artistes de rue, souvent musiciens, acteurs, chanteurs et performers.

Dignes descendants de nos bardes, ils attirent l’oeil et l’oreille pour une chanson, un conte, une petite jonglerie qui a l’air si simple à effectuer. Leurs yeux pétillent de plaisir, qu’ils ne boudent pas, tout heureux qu’ils sont de vivre de leur passion. Cette passion, nous la sentons, ils nous la transmettent, avec leur joie d’être là avec nous.

Leur répertoire est souvent un savant mélange de passé et de présent, avec cette faculté merveilleuse de ramener le passé vers nous sans retourner en arrière. Création, Tradition et improvisation s’entrelacent comme si l’Awen, l’inspiration divine, leur venait comme par magie.

Paradoxalement, la perfection n’est pas forcément recherchée, les erreurs font partie du «direct», et chacun retombe sur ses pattes comme si c’était un fait exprès. Une rupture de rythme, une colonne d’air trop courte qui fait reprendre son souffle trop tôt, une massue ou un bâton enflammé qui tombe, on enchaîne et avec une petite boutade. Finalement, c’est même mieux comme ça.

La vision que l’on nous donne est forcément idyllique, nous sommes dans le monde du paraître, de la séduction et on y retrouve certains comportements proches des milieux de la nuit et artistiques en général.

La survie de l’acteur de rue est conditionnée par le regard du badaud qu’il faut captiver. En effet, le public ne vient pas pour le voir, il se promène et ne s’arrête que s’il en ressent l’envie. Il ne s’agit pas de se produire en salle, avec un public potentiellement acquis, il faut capter l’attention et la garder.

Savoir séduire sans trop en faire, les hommes et les femmes qui reviendront pour attraper un regard ou un sourire.

Lorsque nous frappons des mains avec eux, nous ne pensons pas à tout ça. Tout à l’air bien plus simple.

Mais comme tous les métiers, il y a des aléas: manque de sommeil (bien volontaire parfois, heureusement !) préjudiciable aux chanteurs assez rapidement, lieu d’hébergement éloigné du lieu de travail, entente avec l’organisation, pour chaque festival, il faut s’adapter.

Et puis, l’organisation de l’année doit être sérieuse. L’hiver est la période qui permet de préparer le répertoire qui doit être original et accessible au public. Il faut chercher les contrats pour maintenir son statut d’intermittent du spectacle: 43 dates par an ( 507h) sont demandées.

Sans compter que la concurrence est rude. Dans l’ensemble, les troupes ont l’air de bien s’entendre mais le nombre d’évènements où ils peuvent travailler est devenu moins important avec les années, et les troupes se multiplient. Il faut alors se démarquer.

A Souvigny, j’ai pu rencontrer plusieurs troupes dans des styles différents. Ils sont tous, sympathiques et faciles d’accès. Je les garde dans mon coeur ;o).

Les Tornals: http://www.myspace.com/tornals

On les rencontre au détour d’une rue pleine d’artisans et ils nous emmènent avec quelques petites blagues efficaces de comique de répétition. Beaucoup d’énergie et d’interaction avec le public, une maîtrise des instruments qui n’a rien à envier aux musiciens qui ont l’air plus sérieux, une cohésion de groupe qui se sent…en spectacle intimiste, on découvre un univers de sensibilité et de sagesse par les contes et les chants chrétiens (et oui) du XIIème siècle.

Le soir, ils se mélangent avec plaisir à ceux qui les ont écouté la journée. Ils « s’ouvrent » très volontairement avec sensibilité et s’intéressent à la réalité des autres. Certains m’ont fait rire, d’autres m’ont touchée.

Et petit détail important : « La musaraigne » leur a fait des costumes magnifiques.

Merci à vous Cisco, Perce-oreille, Brunin, Arnaudin, Innocent Bois-sans-soif, l’Aspic et La Musaraigne ;o).

Les Farfadets: http://www.farfadets.org/

Vieux coup de foudre qui date de l’année dernière, où, venus en notre bonne ville Cévenole de Saint Ambroix, ils m’avaient, déjà, fait forte impression.

Les Farfadets incarnent des personnages, il faut le savoir. Aussi, mieux vaux attendre de les voir en tenue de ville pour leur parler sérieusement ;o).

Ces personnages sont terriblement attachants, on les prendrait dans nos bras si facilement. Ils ont une vie propre, une âme même, ils existent. En plus d’être drôles à en pleurer, leur musique est un enchantement. Il est vrai que, comme lesTornals et nombres d’autres troupes, ils ont l’âge de la trentaine, ma génération, et donc, un humour qui me parle (!).

Dans leur répertoire, on trouve de vieilles chansons populaires chantées en polyphonie dont la technique est bonne tout en ne se prenant pas au sérieux.

Pour la petite histoire, ce sont des Farfadets de la Forêt des Goules, je ne suis pas certaine de savoir où c’est mais, je crois que je ne pourrais pas le dire de toute manière…

Si vous avez la chance de les voir, n’hésitez pas à aller leur parler, ils ont un vrai don pour l’improvisation, mais à vos risques et périls!

Lugduch, Walloch, Balafon, Mitsou, Giroflet, Turbule et Boulgour, à très bientôt, j’espère !

La Compagnie de l’âtre et Patathor: http://www.latre.org/index.php

Je crois que ce qui caractérise le plus cette compagnie est l’Accueil. Avec un A majuscule volontaire. Ici, c’est le feu qui est à l’honneur et la chaleur n’est pas un vain mot chez eux. Ils portent leur foyer en eux et éveillent la flamme de chaque musicien qui s’ignore, de chaque pyrotechnicien en herbe. Un noyau professionnel côtoie des personnes qui débutent et qui sont encouragées à un tel point, sans jugement, sans critique, que chacun prend un plaisir visible à manipuler le feu et à danser sous le regard toujours impressionné des spectateurs.

L’Atre c’est aussi des musiciens et quels musiciens ! Percussions, big box, gimbarde et armonica (d’une spiritualité à en avoir les larmes aux yeux), cornemuse, accordéon (petit clin d’oeil au gentil Kami!) et j’en oublie certainement. Mais on ne peut détacher les personnes du groupe. Chacun donne le meilleur parce qu’il est avec l’autre et lorsque l’accord et l’écoute sont là, la musique créé un cône de pouvoir à en faire pâlir les sorcières. Il faut être là pour le sentir…c’est une véritable fontaine de jouvence.

Patathor relie tout ce petit monde joyeux avec sa gentille Sabine qui sait si bien faire naître les sourires.

Le soir où j’y étais, Luc Arbogast s’était joint au groupe pour un “boeuf” hors du temps, mêlant techno et instrument du moyen-âge avec cette voix de contre-ténor si reconnaissable. J’ai eu l’immense bonheur d’être invitée par Patathor pour faire l’ouverture de leur spectacle à la harpe, sur le parvis du prieuré de Souvigny. Malgré la peur et mon amateurisme, je n’ai pu refuser et j’ai pu jouer un petit morceau avec Kami à l’accordéon. Difficile de sonoriser une harpe, aussi, je ne crois pas que l’on m’ait vraiment entendue mais j’en suis très heureuse tout de même. Ce fut une expérience merveilleuse.

Une grand grand merci à vous tous !

L’Auvergne

Souvigny est une petite ville entourée de champs et de forêts cachant des petits villages typiques et surtout de magnifiques églises romanes du 12ème siècle. Les vierges noires sont à l’honneur dans cette partie de la France.

On m’a permis de jouer de la harpe et de chanter quelques morceaux de Dead can dance entre autres dans l’Eglise de Meillers. En voyant cet âne qui joue de la harpe sur le chapiteau des animaux musiciens, comment résister ? Là encore, il est difficile d’exprimer ce que l’on ressent devant cette vierge noire absolument stupéfiante (une copie est en place car la vraie est estimée à deux millions d’euro !). La Déesse mère, froide et pourtant à l’écoute, rigide mais compréhensive. J’en ai encore des frissons rien que d’y penser.

http://eglisedemeillers.chez-alice.fr/

Quittant Souvigny après la fête dans la nuit, j’ai dormi sur le plateau de Gergovie pour voir le soleil se lever sur la vue que je soupçonnais magnifique. Bien m’en a pris, c’est le chant des corbeaux de Gergovie qui m’a chatouillé les oreilles au matin. Et c’est là, qu’on est heureux d’être seul, de ne pas avoir à parler pour sentir et accueillir les impressions, pour écouter les histoires subtiles du lieu.

Gergovie c’est un concentré de nature forte, d’espoir, de racines. Chaque plante, chaque arbre, chaque papillon bleu (si petits!), chaque pierre, chaque oiseau et j’en passe est prêt à parler pour celui qui écoute. L’énergie y est de même nature que celles de ces guerriers accroupis que l’on rencontre dans les musées archéologiques du sud (Nîmes par exemple). Cependant elle est beaucoup plus puissante, analogue a une testostérone pure et ancienne (!), prête à se battre pour préserver sa liberté. Et on sait que la liberté n’était pas un vain mot chez les Celtes.

Près de l’ancien sanctuaire dont les fouilles sont en cours, on peut s’assoir en face du Puy de dôme, montagne sacrée des Celtes. Je pense que le sanctuaire gallo-romain a pris la place de l’ancien lieu de culte celtique. De fait, ce n’est pas hasard qu’il se trouve en face de cette montagne…lieu de méditation s’il en est, la proximité des fouilles se fait presque oublier.

Le musée est très accessible, très pédagogique. Il comble les honteuses lacunes que notre éducation scolaire laisse sans sourciller. Ici, on a pas peur de parler des Celtes (on n’utilise pas le terme « pré-romain » comme dans la Narbonnaise alors que nos Volques arécomiques étaient Celtes aussi) et on n’encense pas forcément tout ce qui est romain.

On repart de Gergovie gonflé à bloc, ressourcé et serein.

Je n’ai eu que 4 jours pour me nourrir de l’Auvergne mais j’y reviendrai ne serait-ce que pour passer de puy en puy et…revenir à Gergovie ;o). L’accueil des auvergnats est vraiment sympathique, ils ont toujours été souriants sans trop en faire (ce qui n’est pas le cas dans le sud !), serviables et accueillants.

On sent dans cette terre une soif de liberté, d’indépendance et pourtant la chaleur des volcans est toujours là, pour celui qui la demande…