Un chant druidique
9/06/2008
Les séries de Th. Hersart de La Villemarqué
Le Druide
Tout beau, bel enfant du Druide; réponds-moi; tout beau, que veux-tu que je chante ?
L’enfant
— Chante-moi la série du nombre un, jusqu’à ce que je l’apprenne aujourd’hui.
Le Druide
— Pas de série pour le nombre un : la Nécessité unique, le Trépas, père de la Douleur;
rien avant, rien de plus.
Tout beau, bel enfant du Druide; réponds-moi; que veux-tu que je chante ?
L’enfant
— Chante-moi la série du nombre deux, jusqu’à ce que je l’apprenne aujourd’hui.
Le Druide
— Deux bœufs attelés à une coque; ils tirent, ils vont expirer; voyez la merveille !
Pas de série pour le nombre un : la Nécessité unique, le Trépas, père de la Douleur;
rien avant, rien de plus.
Tout beau, bel enfant du Druide; que te chanterai-je ?
L’enfant
— Chante-moi la série du nombre trois, etc.
Le Druide
— Il y a trois parties dans le monde : trois commencements et trois fins, pour l’homme
comme pour le chêne.
Trois royaumes de Merlin, pleins de fruits d’or, de fleurs brillantes, de petits enfants
qui rient.
Deux bœufs attelés à une coque, etc.
La Nécessité unique, etc.
Tout beau, bel enfant du Druide; que te chanterai-je ?
L’enfant
— Chante-moi la série du nombre quatre, etc.
Le Druide
— Quatre pierres à aiguiser, pierres à aiguiser de Merlin, qui aiguisent les épées des
braves.
Trois parties dans le monde, etc
Deux bœufs, etc.
La Nécessité unique, etc.
Tout beau, bel enfant du Druide; que te chanterai-je ?
L’enfant
— Chante-moi la série du nombre cinq, etc.
Le Druide
Cinq zones terrestres : cinq âges dans la durée du temps; cinq rochers sur notre sœur.
Quatre pierres à aiguiser, etc.
Trois parties dans le monde, etc.
Deux bœufs, etc.
La Nécessité unique, etc.
Tout beau, bel enfant du Druide; que te chanterai-je ?
L’enfant
— Chante-moi la série du nombre six, etc.
Le Druide
— Six petits enfants de cire, vivifiés par l’énergie de la lune; si tu l’ignores, je le sais.
Six plantes médicinales dans le petit chaudron; le petit nain mêle le breuvage, son
doigt dans sa bouche.
Cinq zones terrestres, etc.
Quatre pierres à aiguiser, etc.
Trois parties dans le monde, etc.
Deux bœufs, etc.
La Nécessité unique, etc.
Tout beau, bel enfant du Druide; que te chanterai-je ?
L’enfant
— Chante-moi la série du nombre sept, etc.
Le Druide
— Sept soleils et sept lunes, sept planètes, y compris la Poule.
Sept éléments avec la farine de l’air (les atomes).
Six petits enfants de cire, etc.
Cinq zones terrestres, etc.
Quatre pierres à aiguiser, etc.
Trois parties dans le monde, etc.
Deux bœufs, etc.
La Nécessité unique, etc.
Tout beau, bel enfant du Druide; que te chanterai-je ?
L’enfant
-
Chante-moi la série du nombre huit, etc.
Le Druide
— Huit vents qui soufflent; huit feux avec le Grand Feu, allumés au mois de mai sur la
montagne de la guerre.
Huit génisses blanches comme l’écume, qui paissent l’herbe de l’île profonde; les huit
génisses blanches de la Dame.
Sept soleils et sept lunes, etc.
Six petits enfants de cire, etc.
Cinq zones terrestres, etc.
Quatre pierres à aiguiser, etc.
Trois parties dans le monde, etc.
Deux bœufs, etc.
La Nécessité unique, etc.
Tout beau, bel enfant du Druide; que te chanterai-je ?
L’enfant
— Chante-moi la série du nombre neuf, etc.
Le Druide
— Neuf petites mains blanches sur la table de l’aire, près de la tour de Lezarmeur, et
neuf mères qui gémissent beaucoup.
Neuf Korrigans qui dansent avec des fleurs dans les cheveux et des robes de laine
blanche, autour de la fontaine, à la clarté de la pleine lune.
La laie et ses neuf marcassins, Ã la porte de leur bauge, grognant et fouissant,
fouissant et grognant; petit ! petit ! petit ! accourez au pommier ! le vieux sanglier va
vous faire la leçon.
Huit vents, etc.
Sept soleils et sept lunes, etc.
Six petits enfants de cire, etc.
Cinq zones terrestres, etc.
Quatre pierres à aiguiser, etc.
Trois parties dans le monde, etc.
Deux bœufs, etc.
La Nécessité unique, etc.
Tout beau, bel enfant du Druide; que te chanterai-je ?
L’enfant
— Chante-moi la série du nombre dix, etc.
Le Druide
— Dix vaisseaux ennemis qu’on a vus venant de Nantes : malheur à vous ! malheur Ã
vous ! hommes de Vannes !
Neuf petites mains blanches, etc.
Huit vents, etc.
Sept soleils et sept lunes, etc.
Six petits enfants de cire, etc.
Cinq zones terrestres, etc.
Quatre pierres à aiguiser, etc.
Trois parties dans le monde, etc.
Deux bœufs, etc.
La Nécessité unique, etc.
Tout beau, bel enfant du Druide; que te chanterai-je ?
L’enfant
— Chante-moi la série du nombre onze, etc.
Le Druide
— Onze Prêtres armés, venant de Vannes, avec leurs épées brisées;
Et leurs robes ensanglantées; et des béquilles de coudrier; de trois cent plus qu’eux
onze.
Dix vaisseaux ennemis, etc.
Neuf petites mains blanches, etc.
Huit vents, etc.
Sept soleils et sept lunes, etc.
Six petits enfants de cire, etc.
Cinq zones terrestres, etc.
Quatre pierres à aiguiser, etc.
Trois parties dans le monde, etc.
Deux bœufs, etc.
La Nécessité unique, etc.
Tout beau, bel enfant du Druide; que te chanterai-je ?
L’enfant
— Chante-moi la série du nombre douze, jusqu’à ce que je l’apprenne aujourd’hui.
Le Druide
— Douze mois et douze signes; l’avant-dernier, le Sagittaire décoche sa flèche armée
d’un dard.
Les douze signes sont en guerre.
La belle Vache, la Vache Noire qui porte une étoile au front, sort de la Forêt des
Dépouilles;
Dans sa poitrine est le dard de la flèche; son sang coule à flots; elle beugle la tête levée :
La trompe sonne; feu et tonnerre; pluie et vent; tonnerre et feu; rien; plus rien; ni
aucune série !
Onze Prêtres armés, etc.
Dix vaisseaux ennemis, etc.
Neuf petites mains blanches, etc.
Huit vents, etc.
Sept soleils et sept lunes, etc.
Six petits enfants de cire, etc.
Cinq zones terrestres, etc.
Quatre pierres à aiguiser, etc.
Trois parties dans le monde, etc.
Deux bœufs, etc.
Pas de série pour le nombre un : la Nécessité unique, le Trépas, père de la Douleur;
rien avant, rien de plus.
Source : Th. Hersart de La Villemarqué “Barzaz-Breiz” page 710
Les Druides, on le sait, étaient les instituteurs de la jeunesse. Ils avaient, dit César, un nombre immense de disciples; l’enseignement qu’ils donnaient était oral et non écrit.
Ils faisaient apprendre par cÅ“ur une multitude de vers sur les dieux, l’immortalité de l’âme et son passage d’un corps à un autre après la mort ainsi que toutes les choses de la nature.
Ce chant est le 1er du “Barzaz Breiz” de Théodore Hersart de La Villemarqué, qui nous dit à ce propos : « les mères, sans le comprendre, continuent de l’enseigner à leurs enfants, qui ne l’entendent pas davantage. Le chant mystérieux et sacré qu’enseignaient les Druides à leurs ancêtres… ».