Version de la Myfyrian Archaeology of Wales, 2. e. éd., Denbigh, 1870 traduit par C. Guyonvarc’h dans : Textes mythologiques irlandais I Ogam Celticum

Il y avait jadis a Penllyn un homme noble que l’on appelait Tegid Voel et son héritage paternel était situé au milieu du lac de Tegid. Son épouse s’appelait Ceridwen. Il lui naquit de cette femme un fils que l’on appela Morvran fils de Tegid et une fille qu’on appela Creirvyw. C’était la plus belle fille du monde. Ils avaient un frere qui était l’homme le plus laid du monde, Afangddu. Ceridwenn sa mere pensa alors qu’il ne lui était pas possible d’etre le bienvenu parmi les nobles a cause de sa laideur, a moins qu’il n’ait quelques jeux ou sciences dignes, car cela était la premiere chose a la cour d’Arthur, a la Table ronde.

Elle ordonna alors par l’art des livres de Peryllt (Virgile) de faire bouillir le chaudron d’inspiration et de science pour son fils, afin qu’il fut accepté dignement pour son savoir et pour son art dans le monde futur. On commença alors a faire bouillir le chaudron et, apres qu’on l’eut mis a bouillir, on ne put interrompre l’ébullition avant un an et un jour, jusqu’a ce qu’on en obtint les trois gouttes bénies des grâces de l’esprit. Elle mit Gwion Bach a surveiller le chaudron et un aveugle du nom de Morda pour chauffer le feu sous le chaudron. Elle commanda qu’on ne laissât pas l’ébullition s’interrompre pendant un an et un jour. En vérifiant par les livres d’astronomie et par les heures des planetes, elle cueillit tous les jours toutes sortes de plantes mystérieuses. Comme Ceridwen fut occupée a botaniser et a collecter pendant presque un an a tout instant, il arriva que les trois gouttes de l’eau efficace du chaudron sauterent du chaudron sur le doigt de Gwion Bach. A cause de la chaleur il le suça dans sa bouche et aussitôt qu’il eut sucé dans sa bouche ces trois gouttes précieuses, il sut tout ce qui devait se produire et il sut avec précision qu’il lui fallait le plus se méfier des ruses de Ceridwen car ses connaissances étaient grandes. A cause de son immense peur il s’enfuit vers son pays natal. Quant au chaudron, il se brisa en deux parties, à cause de l’eau qui, exceptée les trois gouttes efficaces, était en empoisonnée. C’est ainsi qu’elle empoisonna les chevaux de Gwyddno Garanhir parce qu’ils vaient bu de l’eau de l’estuaire où elle avait coulé. On l’appela pour cette raison, le poison des chevaux de Gwyddno. C’est pour cette raison aussi, que Ceridwen quand elle revint et vit , que son travail d’un an était perdu, saisi un bâton et en frappa l’aveugle Morda su bien que l’un de ses yeux lui tomba sur la poitrine. Il dit alors : «  C’est mal que de me frapper car je suis sincère. Tu n’as rien perdu à cause de moi ». « C’est vrai », dit Ceridwen, «  c’est Gwion Bach qui l’a volée ». Elle courut à sa poursuite. Quand il l’aperçut, il prit la forme d’un lièvre et se mit à courir. Mais elle se donna la forme d’un lévrier, elle le poursuivit et le chassa vers une rivière. Il prit la forme d’un poisson et elle prit la forme d’une loutre. Elle le chercha sous l’eau. Il lui fallut prendre la forme d’un oiseau dans le ciel et elle se fit épervier à sa poursuite. Elle ne lui laissa pas de tranquillité dans le ciel. Quand elle fut sur le point de l’atteindre et qu’il fut dans l’angoisse de la mort, il remarqua un tas de froment moissonné dans une aire. Il descendit dans le froment et il prit la forme d’un grain. Elle prit la forme d’une poule noire à crête et elle alla dans le froment. Elle gratta de ses pattes, le reconnu et l’avala, ainsi que le dit l’histoire. Elle fut neuf mois grosse de lui et après l’avoir mis au monde elle n’eut pas le courage de le tuer tant il était beau. Mais elle le mit dans un sac en cuir et selon la volonté de son mari, elle le lança sur la mer le vingt neuf avril. En ce temps-là, Gored Gwyddno était sur la grève entre Dyfi et Aberystwyth à côté de son propre château dans son gord, et il prenait la valeur de cent livres de poisson chaque nuit de premier mai. En ce temps là Gwyddno avait aussi un fils que l’on appelait Elphin, l’un des jeunes gens les plus malheureux et les plus dans le besoin. C’était une cause d’affliction pour son père qui pensait qu’il était né à un mauvais moment. Sur l’avis de ses conseillers, il lui donna le filer à enlever cette année-là pour savoir s’il aurait jamais quelque chance de commencer son oeuvre. Le lendemain, Elphin, regarda le filet : il n’avait rien. Mais quand il s’en allait, il remarqua au pilier du gord, le sac de peau. Un de ses aides dit à Elphin : « Tu n’as jamais été aussi malchanceux auparavant car tu as brisé la vertu du gord où l’on prenait la valeur de 100 livres de poisson à chaque du nuit le premier mai. ». « Mais » dit Elphin, « ne se pourrait-il qu’il y ait la valeur de 100 livres de bien ? ». On défit la peau et ceux qui l’ouvrirent remarquèrent le front de l’enfant. Il dirent à Elphin : « Voici Taliesin (front d’argent ». « Qu’il soit nommé Taliesin », dit Elphin qui prit l’enfant dans ses bras, prenant en pitié son malheur et il le mit vraiment derrière lui. Il fit aller à l’amble son cheval qui trottait auparavant et il le dirigea aussi tranquillement que s’il était assis sur la plus tranquille des chaises.

C’est rapidement après cela que l’enfant composa la consolation d’Elphin, sa louange et sa dignité…Ce fut le premier chant que chanta Taliesin pour consoler Elphin qui était triste d’avoir perdu le produit de son gord, d’autant plus qu’il voyait que c’était de son côté qu’était l’infortune. Gwyddno Garanhir lui demanda s’il était homme ou esprit. Il chanta alors l’histoire et il dit : Premier Barde de la chaire ». Elphin alla alors, et Taliesin avec lui chez son père Gwyddno. Gwyddno lui demanda ce qu’il avait trouvé de bon dans le gord. Il dit qu’il avait trouvé quelque chose qui valait mieux que du poisson. « Qu’est-ce ? » dit Gwyddno. «  C’est un poète », dit Elphin. Gwyddno dit alors : « Hélas, quelle pauvre chose te rapportera-t-il ? ». Taliesin répondit lui-mème et il dit : « Il lui rapportera plus que le gord ne t’a jamais rapporté. » Gwyddno lui demanda alors: « comment es-tu capable de parler puisque tu es si petit? ». «  Je suis capable de dire plus que tu n’es capable de demander ». Accorde-moi d’entendre ce dont tu es capable », dit Gwyddno. Taliesin chanta alors…