Voici un travail sur les runes et leur magie par Yves Kodratoff, directeur de recherche au CNRS et spécialiste du paganisme nordique (runes, chamanisme, lore etc.). Il partage ici le fruit d’un travail personnel . Il ne s’agit pas d’une compilation supplémentaire, mais bien d’interprétations à partir de textes en vieux norrois, allemand, anglais etc. (extraits d’un ouvrage en cours d’écriture)

Vous noterez qu’il n’insiste pas sur l’aspect divinatoire des runes, en effet, elles ne sont pas, à la base, dédiées à cela.

Si son travail vous intéresse vous pouvez trouver ses livres sur :

http://www.morganelafey.com

Bon voyage à tous !

Morgane


Il est remarquable qu’au début de notre ère, deux civilisations aient commencé à écrire des textes, toutes les deux dans un ‘alphabet’ très particulier et différent de tous les autres alphabets : la civilisation celtique a créé l’ogham (ou ogam) de 25 signes et la civilisation germanique a créé les 24 runes, qui constituent ce qu’on appelle le futhark ancien ou germanique. On peut imaginer que la date de création de ces systèmes d’écriture ait été bien antérieure (quand même au plus tôt en 500 AvJC !) et que oghams et runes aient été utilisés comme un langage gestuel avant d’être écrits.
Ceci étant, les traces objectives qui nous restent sont celles des inscriptions oghamiques qui servent à écrire l’ancien irlandais et celles des inscription runiques qui écrivent divers langages germaniques anciens.
La plupart des universitaires actuels considèrent ces deux systèmes comme des systèmes alphabétiques ordinaires et présentent leurs propriétés objectivement vérifiables, selon un système de rationalité scientifique. Je dois avouer qu’après les délires du 19ème siècle, et les utilisations farfelues faites de ces signes, il est reposant de savoir ce que l’on sait vraiment sur eux ! Il n’en reste pas moins que de nombreuses inscriptions ont visiblement un sens magique et que la pure rationalité réduit notre vision de ces signes à ce qu’un athée des 20-21ème s. peut comprendre, et non pas à ce qu’un païen mystique des 3-10ème s. pouvait, lui, comprendre.
Dans la présentation des runes donnée ici, j’ai essayé à la fois de ne jamais contredire les connaissances rationnelles que nous avons des runes, mais de me placer justement au point de vue d’un païen mystique du 10ème s. en étant néanmoins bien conscient de mes limites, et non sans quelques fois me moquer un peu de moi-même.
Toutes les pages concernant les runes sont écrites par Yves Kodratoff et présentes sur ce site avec son aimable autorisation : http://www.nordic-life.org/nmh/

Voici une page de présentation, vous trouverez le détail de chaque rune en bas du texte.

Le premier ætt : la famille d’Audhumla et les runes primordiales

Les runes de cet ætt décrivent des forces ou des idées bien définies (des ‘concepts’) qui, sans être les grandes forces cosmiques créatrices de notre univers, sont fondamentales pour l’humanité.

Fehu : rune de Freyja, de la richesse, de la douceur féminine. Rune primordiale de protection.

Uruz : rune de la force féminine et masculine, de la fertilisation tombant d’Yggdrasil sur notre monde. Rune primordiale de la guérison rapide et sans traces.

Thurisaz : rune des géants, de la brutalité masculine, elle endort le pouvoir magique féminin. Rune primordiale de la brutalité.

Ansuz : rune de l’Ase vu comme un Dieu de la parole magique, de l’épuration mystique. Rune primordiale de la parole.

Raido : rune de la chevauchée chamanique et de l’œil perçant du sorcier. Rune primordiale de la magie chamanique.

Kaunan : rune de la putréfaction vue comme un feu intérieur et de la résistance aux attaques par magie. Rune primordiale de la guérison lente et douloureuse.

Gebo : rune de la confiance entre partenaires. Rune primordiale de la vie en couple.

Wunjo : rune du confort et des plaisirs physiques. Rune primordiale du bonheur de vivre.

Le deuxième ætt : la famille de Hagala et de la création du cosmos

Le deuxième ætt de huit runes est celui des runes de notre environnement naturel, et des relations entre les humains et celui des phénomènes naturels, tels qu’ils étaient vus par les lettrés nordiques avant le christianisme .

Les trois runes du cosmos

Hagla ou Hagala : rune de la grêle, du ‘big bang’ glacé qui a présidé à la création du cosmos, du froid purificateur.
Naudiz : rune de l’inexorabilité du destin, de la terreur de l’humain face à la destinée. Rune de la fin du cosmos, encore plus glacée que sa création, le ragnarök.

Isaz : rune du pont de glace qui relie le monde des vivants à celui des morts.

Les cinq runes des relations entre notre environnement et l’humanité

Jeran : rune de Freyr, de la prospérité apportée par la récolte de l’année et du rapport heureux entre les humains et leur ‘petit’ univers. Rune de l’aide aux magiciens débutants.

Ihwaz ou Iwaz : rune de l’if et de l’arbre du monde qui maintient notre univers en place. Elle symbolise la solidité masculine et l’amour conjugal toujours renaissant, l’esprit sain. L’arbre du monde est en soi une composante de l’univers et, bien entendu, il symbolise aussi notre environnement par les végétaux.

Pertho : rune de la nuit des mères (et donc du solstice d’hiver), des grandes tempêtes provoquées par la ‘chasse furieuse’ (et donc des dérèglements climatiques), de la femme ouverte à son environnement.

Algiz : rune de l’élan, de la déraison et de la raison qui courent dans le cerveau des humains. L’élan symbolise ici notre environnement par les animaux.

Sowelo : rune de la soleil et de l’équilibre fragile qui maintient notre univers en place. Rune de la chaleur féminine.

Le troisème ætt : la famille de Týr et du clan

Le premier ætt est dédié à notre monde, et aux relations entre les humains et ce monde. Le deuxième ætt ‘élargit la perspective’ en traitant des problèmes cosmiques, de l’univers entier, et de notre place au sein de l’univers. Le troisième ætt, inversement, ‘rétrécit la perspective’ en introduisant les concepts nécessaires à la caractérisation d’une bonne conduite sociale, à la vie du groupe social. Ainsi, le troisième ætt est celui des problèmes liés à l’organisation du clan, du groupe social.

Tiwaz : rune du Dieu Týr, de la fidélité à la parole donnée, de la victoire intelligente qui réunit le clan. Rune symbole de l’unité d’un groupe humain.

Berkanan : rune de l’enfance en pleine santé dont la croissance annonce des jours meilleurs.

Ehwaz : rune du cheval. Avec Fehu, rune primordiale de protection. Rune des liens entre le clan et les forces ‘obscures’. Contrairement à une légende tenace, elle supprime nos cauchemars.

Mannaz : rune de l’humain et du passage de l’individu au groupe. Elle définit l’humanité.

Laukaz : rune de sens discuté, rune de l’eau ou rune du poireau? En tous cas, rune de la force interne, de la ‘viridité’. Rune d’un Dieu Thórr ‘primitif’, Dieu de l’orage et de la force interne.

Ingwaz : rune du roi en tant que créateur d’une communauté. Rune de l’équilibre dans l’abondance. C’est la rune qui explique au clan, s’il doit croître, comment le faire dans le respect de son environnement humain et naturel.

Dagaz : rune du jour et de la reconstitution journalière de la communauté après l’individualisme du sommeil. Rune qui pétrifie les monstres.

Othala : rune du lien avec les ancêtres, de nos héritages.