La Déesse
27/05/2008
Il est très difficile de savoir quel aspect de la Déesse Mère était prié et vénéré à l’époque de nos ancêtres celtes. Selon les sources, les informations changent et chacun est aussi certain d’avoir raison que son voisin.
Nous devons donc nous en tenir à deux aspects qui me semblent pertinents :
La Déesse archaïque
La Déesse contemporaine
Les aspects de la Déesse archaïque ressorte invariablement dans la Déesse contemporaine mais cette dernière comporte quelques détails supplémentaires qui peuvent être très récents. Ceci n’empêche pas ces traits d’être pertinents mais il me semble peu probable que nos ancêtres aient vénéré la Déesse Wiccane d’aujourd’hui par exemple. Il est important de le souligner, afin de savoir de QUI on parle.
La Déesse archaïque
La Déesse archaïque est aussi la Déesse archétypale, celle qui vit en nous, que certaines femmes ressentent naturellement et certains hommes aussi.
Pour pouvoir saisir son essence, il faut se connecter aux aspects de la femme les plus primitifs : la féminité, la force morale, la séduction, le côté Yin du Tao, les menstruations, la sexualité, la grossesse, l’accouchement, l’allaitement, la relation à l’enfant, la ménopause etc.
Cette liste non exhaustive fait appel à tout ce qui existe chez la femme depuis le début de l’humanité, nous sommes très proche de cette femme archaïque qui est avant tout un mammifère. Ceci peut sembler choquant pourtant, nous avons de nombreux points communs. Je ne pense pas qu’il faille penser que c’est insultant, bien au contraire, il existe une pléïade de méthode instinctive qui nous rendrait bien service si nous arrivions à nous reconnecter à elle. Nous en parlerons dans le prochain cours.
Il est évident que dans les début de l’humanité, les hommes ont été impressionné par cette faculté que la femme avait de donner la vie. Il est même probable qu’ils n’aient pas fait la relation avec l’acte sexuel comme le pense S.G.F Brandon, professeur de religion comparée de l’université de Manschester, en Angleterre.Le respect est donc allé de soi avec une certaine forme de divinisation. Peut-être même que les prémices du patriarcat datent de la découverte de l’importance du sperme dans l’acte procréateur.
Marija Gimbutas, archéologue et anthropologue universellement considérée comme l’une des meilleures spécialistes sur le matriarcat (système social matrilinéaire géré par les femmes), parle d’un culte de la Déesse qui se serait répandu pendant toute la préhistoire. Elle est très décriée mais son travail est remarquable tant sur le terrain que sur le papier. Même si je pense qu’il ne faut pas la lire sans recul son ouvrage « Le langage de la Déesse » est très inspirant.
(Citation Wikipédia)
« Ce système ne se baserait pas sur une discrimination sexuelle, mais sur l’importance accordée au féminin, la femme incarnant la reproduction de l’espèce et son espoir de pérennité dans une dimension temporelle qui n’était pas linéaire comme elle le devint avec le patriarcat, mais circulaire et cyclique où prend naissance le mythe de « l’éternel retour ».
L’existence d’un tel système social durant la préhistoire n’est plus guère mis en doute aujourd’hui, même si ethnologues, archéologues et anthropologues ne sont pas toujours d’accord sur sa définition. Ce qui pose davantage problème aujourd’hui est de savoir pourquoi et comment le patriarcat s’y serait substitué pour s’imposer avec l’invention de l’agriculture, entre -5000 et -3000. »
Merlin Stone dans Quand Dieu était Femme nous dit ainsi :
« “Dans les sociétés du paléolithique supérieur, où la mère était considérée comme la seule et unique parente, où le culte des ancêtres constituait apparemment la base des rites sacrés et où la généalogie ne tenait compte que de la lignée des femmes, l’image que le clan se faisait du créateur de la vie humaine était celle de la toute première femme qui fut déifiée comme l’Ancêtre Divine. Les nombreuses statuettes de femmes , qui ont été très souvent appelées Vénus nous en fournissent d’autres preuves tangibles. Bien qu’on ait pas encore établi de liens formels entre les statuettes féminines du paléolithique et l’émergence du culte de la Déesse dans les sociétés néolithiques et antique du Proche et Moyen Orient, du bassin méditerranéen et de l’Orient.”
« Nous arrivons à l’invention de l’écriture avec laquelle débute la période historique, à la fois à Sumer (dans le sud de l’Iraq) et en Egypte 3000 ans avant notre ère. A l’époque historique, la Déesse Mère est vénérée dans tous le Proche et Moyen Orient. Malgré les nombreuses transformations qui ont affecté la religion de la divinité femme au cours des siècles, son Culte subsistera jusqu’aux périodes classiques gréco-romaines. Il ne disparaîtra complètement qu’en l’an 500 de notre ère, date à laquelle les empereurs chrétiens de Rome et de Byzance fermèrent les derniers temples de la Déesse. Mais son culte perdura certainement encore longtemps d’une façon souterraine, enfouie et mystérieuse comme nous le prouve Apulée et certainement bien d’autres. » http://terra.mater.free.fr/page1.html
Les statuettes retrouvées représentent, telle la Vénus de Willendorf, des femmes corpulentes dont les attributs ressortent (gros seins, gros ventre, parfois grosses vulves comme les Sheela na Gig.
Nous trouvons le même pensée chez Mircea ELIADE dans Le sacré et le profane : “La femme est donc mystiquement solidarisée avec la Terre; l’enfantement se présente comme un variante, à l’échelle humaine, de la fertilité tellurique. Toute les expériences religieuses en relation avec la fécondité et la naissance ont une structure cosmique. La sacralité de la femme dépend de la sainteté de la Terre. La fécondité féminine a un modèle cosmique : celle de la Terra Mater, la Genitrix universelle.(…)”. “Dans certaines religions, la Terre-Mère est imaginée capable de concevoir toute seule, sans l’aide d’un parèdre. On retrouve encore les traces de telles idées archaïques dans les mythes de parthénogenèse des déesses méditerranéennes. C’est une expression mythique de l’autosuffisance et de la fécondité de la Terre-Mère. A de telles conceptions mythiques correspondent les croyances relatives à la fécondité spontanée de la femme et à ses pouvoirs magico-religieux occultes qui exercent une influence décisive sur la vie des plantes. Le phénomène social et culturel connu sous le nom de “matriarcat” se rattache à la découverte de la culture des plantes alimentaires par la femme. C’est la femme qui cultiva, la première, les plantes alimentaires. C’est elle qui naturellement devient le propriétaire du sol et des récoltes. Les prestiges magico-religieux et, et par voie de conséquence, la prédominance sociale de la femme ont un modèle cosmique : la figure de la Terre-Mère.”
Je pense qu’avant tout travail sur la Déesse il faut se connecter à cet aspect là , l’aspect primordial. C’est celui que dans l’absolu personne ne comprend dans son ensemble, et peut-être celui qui a toujours un peu effrayé…
Cependant, ces valeurs matriarcales sont souvent considérées comme une sorte d’âge d’or pour les femmes, une vie merveilleuse et paisible. Certes, il est certainement plus agréable d’être du côté de celles qui gouvernent et ont le pouvoir, pourtant je ne sais pas si ces périodes étaient réellement plus marquées par la paix… Il me semble logique que le patriarcat ne soit pas bon pour les femmes, développant des valeurs qu’elles doivent absorber dans leur quotidien au détriment des leurs, mais le matriarcat ne doit pas être très bon pour les hommes non plus. Puisque nous arrivons à une époque de prise de conscience, à un moment clé où de nombreuses personnes de tout bord réalisent que le patriarcat n’est pas une solution pour l’humanité, il est possible encore de ne pas vouloir revenir en arrière et mettre plutôt en place une coopération qui prend en compte l’individualité des hommes et des femmes pour gouverner, vivre et mourir. Les hommes et les femmes sont faits pour vivre ensemble, par pour passer d’un état de domination à un état de soumission. Pour moi les hommes et les femmes sont plus « grands » que cela.
La Déesse contemporaine
Celle que j’appelle la Déesse contemporaine ne l’est pas complètement. En effet, elle a de multiples aspects qui sont anciens mais l’ensemble qu’elle représente est récent. L’image que nous avons d’elle est un mélange de Déesses anciennes ; la Déesse archaïque mais aussi, la Déesse de la Lune, Déesse de la Terre (Gaïa), Déesse d’Avalon (Novala) etc. A la fin elle ne fait qu’une mais elle est un peu fourre-tout. Cela ne veut pas dire que ces aspects récents et syncrétiques ne soient pas pertinents, ils constituent la Déesse telle que nous la voyons aujourd’hui à notre époque. Et dans l’absolu c’est une bonne chose puisque nous travaillons à la servir aujourd’hui.
La Déesse de la Terre
C’est la Déesse sous son aspect fertilité, la mère nourricière, celle qui, fécondée par le ciel, nous donne ses bienfaits via les diverses récoltes.
Elle a du apparaître lorsque les hommes ont commencé à découvrir l’agriculture et l’élevage (au néolithique, âge de la pierre nouvelle). Avant, pour les chasseurs-cueilleurs du paléolithique (l’âge de la Pierre ancienne), tirant partie des ressources disponibles dans la nature, la Déesse mère étaient la nature simple grande pourvoyeuse naturelle, fertile. Il fallait la suivre, se déplacer pour trouver à manger et peut-être même être nomade.
A présent, les hommes et les femmes se sédentarisent et prient la Déesse pour que les récoltes soient bonnes. La Terre devient certainement la Mère suprême, un peu comme les grecs la voient en Gaïa. Elle s’auto-féconde d’abord (par le pluie qu’elle représente aussi, l’eau) puis le ciel la féconde. Les grottes sont sa matrice. Cependant elle incarne aussi la terre de la putréfaction celle qui reçoit les corps et les compostent pour leur permettre de poursuivre leur cycle de vie, car même chez nous, rien ne se perd, rien ne créé, tout se transforme. Et là , elle montre son pouvoir de régénération, l’enveloppe charnelle de l’être humain, revient à la Terre et nourrit les organismes qui lui permettent de revenir dans ce cycle. L’homme nourrit la Terre après qu’Elle l’ait nourrit toute sa vie, pendant que son âme s’apprête à renaître dans un autre corps.
De nos jours, nous sommes moins dépendants de nos récoltes, et pourtant..quelle joie de ramasser ses fruits et ses légumes, sachant que cette Terre nous nourrit. Lorsque nous faisons nos courses en magasin biologique, c’est encore Elle…toujours.
Elle devient aussi la Déesse des récolte et de la fertilité métaphorique. C’est à dire celle qui nous aide à faire naître nos projets, à être fertile dans notre vie, dans nos productions artistiques (avec l’aide de la Lune aussi). C’est la Déesse qui pourvoit à tout ce qui est matériel, la réussite sociale, l’argent, la gestion du quotidien. Elle nous aide à être fécond dans tous les sens du mot, mais elle peut aussi nous empêcher, tout est histoire de route, de destin, de mise en place, de travail aussi et de mérite… La Déesse de la Terre est dure et intransigeante, nous l’avons tous expérimentée dans ce sens là …
La Déesse de la Terre est aussi, à l’instar de Gaïa, la mère de tous les Dieux, la Source suprême.
Cette Gaïa a même donné naissance à une théorie écologique très sérieuse qui se rapproche de notre manière de la voir : L’hypothèse Gaïa.
(Citation Wikipédia) :
« L’hypothèse Gaïa est la théorie initialement avancée par James Lovelock en 1969, mais également évoquée par Johannes Kepler plus tôt, selon laquelle la totalité de la matière terrestre vivante sur Terre (ou sur toute planète sur laquelle la vie s’est développée) fonctionne comme un vaste organisme (appelé Gaïa, d’après le nom de la déesse grecque), possédant une autorégulation qui adapte en permanence la planète à ses besoins. La notion de biosphère énoncée par Vernadsky en 1924 allait déjà dans ce sens. »
En somme la Déesse de la Terre est très archaïque bien qu’actualisée. On la rencontre au détour d’une colline avec son ventre ou ses seins, elle est la Déesse de nos montagnes, nos forêts et de la végétation…
Il est tout à fait possible de lui donner un nom, de travailler avec une Déesse précise (comme pour la Déesse de la Lune et la Déesse archaïque). Personnellement je m’adresse à la Déesse Mère la plupart du temps sauf lorsque je décide de travailler avec un aspect spécial où là je lui donne un nom, celui d’une Déesse ancienne gauloise ou irlandaise parfois.
La Déesse de la Lune
La Déesse de la lune est aussi la Déesse céleste, la Reine des cieux, des étoiles, du ciel, celle qui règne sur ce que l’on sent sans le voir : l’intuition, la connaissance, l’esprit…insaisissable, brillante et majestueuse. C’est l’aspect grande Déesse par excellence.
La Déesse céleste est considérée comme la Déesse de la Lune, des cycles mentruels, de la femme ronde et fertile (encore). Elle règne sur les eaux : mers, océans, fleuve, rivière, ruisseau et sources, artères et veines de la Terre Mère, sur les lacs, les puits profonds, les sentiments et les émotions.
On lui confère alors trois aspects ou quatre (en ajoutant la lune noire comme partie distincte) selon les traditions mais je préfère indiscutablement le chiffre trois.
C’est un aspect triple que l’on retrouve souvent les Dieux du monde (les Trois Mères des Celtes, la Trinité chrétienne, les trois aspects de Morrigan etc.) : La Vierge (celle qui n’a pas enfanté), la Mère, et la Vieille Sorcière. Ce cycle est inspiré de celui des humains, la Déesse ne change jamais et se renouvelle d’elle même. Elle est Jeune ou vieille à loisir.
La Vierge est la Créatrice, la Dame de la vie et de la mort, la Déesse des étoiles, la Reine du Ciel, celle qui donne l’inspiration, l’Initiatrice. Elle est Diane, Dame de la Lune et de tout ce qui est sauvage, Vierge de tout and mariée à personne. Elle est aussi la Vierge Mère dont les couleurs Bleues et Blanches ont été empruntées par le Chrétiens Catholiques pour leur Vierge Marie.
La lune croissante la symbolise ainsi que Vénus, étoile du matin et du soir. Sa couleur sacré est le blanc.
La Mère est celle qui permet la préservation, la Dame de la Croissance et de la Fertilité, la Terre Mère, la Déesse des troupeaux, Dame de l’Amour, de la Fécondité et de la Fertilité de la Terre. Etant Déesse de la Terre elle est aussi celle de la Souveraineté, et le Roi ne peut avoir le pouvoir qu’en l’épousant lors d’une Cérémonie sacrée.
La Pleine Lune la symbolise ainsi que la Terre, les fruits, les troupeaux et les champs… Sa couleur sacrée est le rouge.
La Vieille Femme ou Sorcière est la Destructrice, la Dame du Déclin et de la Mort, Déesse de la Nuit et du Monde d’en bas, de la grotte et de la tombe. Car ce qui naît doit grandir, vieillir et mourir et de ce qui est mort et pourri naît la fertilité retrouvée. La vie se nourrit toujours de la vie. La Vieille est la Truie qui mange sa progéniture, la grande nécéssité par laquelle la chaîne alimentaire et le cycle de la vie continuent.
Par conséquent elle représente aussi la Deésse de la régénération.
La Lune décroissante la symbolise, la Nuit noire, le silence de l’obscurité, la croisée des chemins à minuit, les hurlements de la veuve… Sa couleur sacrée est le noir.
Par contre cette division en trois aspects différents et faisant référence à l’évolution, n’est pas une caractéristique ancienne. En effet, on apprend en lisant Janet Farrar et Gavin Bone : « la Triple Déesse est une synthèse de la Déesse traditionnelle aux neufs aspects d’origine Grecque et Romaine, faite par Robert Graves dans « The Witches Goddess ». Généralement les Déesses Triples sont trois vierges, trois mères ou trois vieilles femmes. On ne les trouve jamais sous la forme : Vierge, Mère et Vieille femme, ce qui ne veut pas dire que cette synthèse n’est pas pertinente ! ».
En effet, cette synthèse est pertinente, à mon sens, et il semblerait qu’elle parle à nombre de païen contemporain. Alors pourquoi pas ? De toute manière la Déesse est TOUT, elle entendra notre appel si nous nous la représentons de la manière qui nous « enchante » le plus…
Les païens wiccans la prient souvent en tant que Diane, Sélénée etc. Ce n’est pas ce que je vais proposer ici puisque je tente, autant que faire se peut, d’éviter les syncrétismes. Je propose Sirona comme aspect de la Déesse Lunaire voir, plus bas.
J’ai une vraie passion pour cette Déesse contemporaine. Elle est si proche de nous, si intellectuelle, elle complète les aspects primitifs de la Déesse archaïque.
La Déesse que vous allez représenter en tant que prêtresse ou prêtre est un peu tout ce que vous venez de lire plus tellement d’autres choses, le Tout est d’ailleurs supérieur à la somme des parties. Je donne ici des pistes pour l’appréhender, partir à sa recherche et la découvrir comme vous le devrez. Mais vous verrez plus et comprendrez plus si vous entretenez avec elle une relation régulière, la base pour une prêtresse.
La Déesse Mère est un peu hors concours pour moi, elle est plus vaste, plus dense, et plus ancienne que n’importe quel Dieu. Pourtant chacun d’entre eux à une partie importante et puissante d’Elle. Aussi, il me semble très important de ne pas les oublier.
Je pense que nos ancêtres l’ont priée, côté à côté avec les Dieux du commerce, de la poésie etc. en fonction de leur quotidien, pour s’adresser à une divinité plus tangible, plus proche d’eux. La Déesse est proche de nous certes mais je ne crois pas que le cerveau humain soit capable de l’appréhender et à plus forte raison de la nommer. Le Divin suprême rayonne à une vibration si forte que nous aurions de quoi exploser ;o) !

